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Les restes de l'hiver |
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LES
RESTES DE L'HIVER
REMANENTE
DE INVIERNO a été créée le 18 mai 1995 à Buenos Aires, dans une mise en scène
de Rafael Spregelburd. Personnages
Une gageure pour les lecteurs et pour les comédiens,
qui devront faire abstraction de la grammaire et de la syntaxe normatives pour
capter le sens, dans l'entrelac des prépositions farfelues et des mots inventés,
qui émaillent cette pièce baroque où le fantastique se nourrit de la
technologie. Fond
de scène, une pyramide irrégulière de téléviseurs, écrans face aux
spectateurs. Divers appareils électroménagers indéfinissables à différents
endroits. Une profusion de pièces de moteur. Un canapé monté avec des éléments
de chariots de supermarché. En général, ces objets révéleront une utilité
et un confort douteux. Que
dire des personnages ? On suppose que Silvita doit avoir dans les sept ans.
Cependant, sachant que l'histoire se situe dans le souvenir de Silvita, le
personnage ne doit pas être enfantin. La pièce se déroule dans cette atmosphère
ténue du souvenir. Silvita entre
dans les situations du passé et en sort librement pour "raconter" au
spectateur. Tous les personnages portent des vêtements sombres, d'hiver. Le
monochrome prédomine : tout est noir et blanc.
Dans l'obscurité on entend déformé le
Jingle du Grand Charles Pantin. Les acteurs apparaissent en même temps que la
lumière et prennent leur place. Ecroulement des acteurs. Le silence se fait.
Silvita entre et passe sur les corps écroulés. SILVITA
-
Salut, enchantée. Beaucoup de bruit inutile, avec des choses inutiles. Ma
famille, il y a quelques années, et moi, cet été horrible... On comprend
"ma" ? Quand j'ai dit : ma famille. C'est-à-dire : j'ai dit d'autres
choses, mais j'ai dit aussi "ma"... comme dans "ma" main -
qui est reliée à moi (à un autre moi) - mais qui n'est pas moi, "ma"
poitrine "mon" chien... on comprend "ma" "moi"
"mon". Malaise.
Quelques acteurs éparpillés ont commencé à quitter le lieu. Silvita, à l'un
deux)
: Excuse-moi, tu as du feu ? Merci. Brusquement,
au public : oui, j'ai un problème. Eh bien, mais regardez-le. Puisque vous êtes
venus. Il ne
reste plus que MEYER et ZULDA sur le sol.
N'importe comment vous avez là des programmes
que j'ai fait comme j'ai pu, où il y a "ma" "moi" et autres...
Les
programmes sont illisibles. Bien.
Enchantée. Elle
amorce une sortie. Revient. Ah, c'est important : vous allez nous voir en
vêtements d'hiver, mais c'était l'été, et je l'ai dit... I -
SALUT CENT FOIS SALUT (Lumières
sur l'autel, formé par une pile de vingt téléviseurs, sur la cime de laquelle
trône péniblement l'effigie du Grand Charles Pantin.) ZULDA
- Quelquefois
je me dis que tout adieu a un air de mort. SILVITA
- Ne
sois pas malheureuse, maman. ZULDA
-A
trois heures, on va venir le chercher, Silvita. SILVITA
- Tant
mieux. Je ne sais pas pourquoi vous l'avez fait apporter. MEYER
- Nous
essayons d'être de bons parents. SILVITA
- Papa
y est pour quelque chose. MEYER
- Tous
les enfants du monde sautent de joie quand arrive la semaine où ils ont le
Grand Charles Pantin à la maison. SILVITA
- Je suis objective, c'est tout. MEYER
- Tu
es froide, Silvita, très dure. Prends au moins congé de lui aimablement. ZULDA
- Sinon,
après tu en rêveras. MEYER
- Ça
ne t'a pas plu de passer une semaine entière avec le Grand Charles Pantin ?
Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Pourquoi tu ne t'es pas amusée ? ZULDA
- Viens,
allons lui parler toutes les deux, tu veux ? (Zulda lit des litanies dans
un petit fascicule.) Cher Grand Charles Pantin : c'est maintenant que nous
devons nous dire salut cent fois salut. Merci d'être venu passer la semaine à
la maison, et j'espère que l'an prochain tu m'apporteras à nouveau ta
fraternité et ta sagacité. SILVITA
- Encore
l'année prochaine ? MEYER
- C'est
peut-être que tu as grandi, Silvita ? C'est ça ? Nous allons devoir le dire à
la psychopédagogue. ZULDA
- Elle
va se sentir très déprimée. L'année dernière déjà elle nous a fait une déprime
en novembre. (On sonne à la porte.)
Ça y est. C'est l'heure. (Entre MENINA ;
derrière elle l'ELECTRICIEN et le PLOMBIER que l'on ne distinguera pas immédiatement.) MENINA
- Zulda,
il est trois heures. Je viens le chercher. ZULDA
- Entre,
Menina. Silvita lui disait au revoir. MENINA
- Où
est-il ? Il est venu avec le même costume que l'an dernier ? Le petit canezou ?
Les petites paillettes ? Mes gamins sont tout excités. Ces deux derniers jours
il a fallu leur faire avaler des calmants. (Elle
se tourne vers ZULDA et voit le Grand Charles Pantin.) Quelle "charmeté", quelle "divineuté"...
C'est lui ? MEYER
- On
commence à signer les papiers, Menina ? MENINA
- Quoi
? MEYER
- Les
papiers. MENINA
- Oui,
plus vite c'est fait mieux c'est... C'est que je vois le Grand Charles Pantin et
j'en reste baba. Je les ai enfermés dans la salle de bains et je ne veux pas
les faire attendre trop longtemps parce qu'ils se mettent à boire le shampooing.
(Parlant de SILVITA) Mais qu'est-ce
qui arrive à cette enfant ? Silvita, ma jolie, ne te mets pas dans cet état...
Il sera chez moi à l'étage en dessous... Tu pourras venir le voir quand tu
voudras. Au moins pendant une semaine. Ne sois pas tristounette. MEYER
- Ca
suffit. Emmène-le qu'on en parle plus. (Il
lui donne le Grand Charles Pantin). MENINA
- Je
comprends qu'elle soit malheureuse. Mes gamins, chaque fois que le Grand Charles
Pantin s'en va, ils me font un plan rhumes. La psychopédagogue dit que tout est
psychologique. (A ZULDA, en catimini.)
Si elle est vraiment mal, donne-lui ces comprimés. ZULDA
- Ceux
qui endorment petit à petit ? MENINA
- Hein
? ZULDA
- Ceux
qui endorment petit à petit ? MENINA
- Humm
? ZULDA
- Ceux
qu'on prend et qui endorment pe... ? MENINA
- Ça
les calme. De vraies souches. Pour revenir à la psychopédagogue, je voulais te
dire qu'avec les autres mamans, on pensait lui acheter des collants en lycra.
J'en ai vu de bien chauds. ZULDA
- Ça
me paraît bien. Tous les ans elle accepte le même cadeau et elle n'a pas l'air
de râler. SILVITA
- Elle
feint la surprise. MENINA
- Une
super grande taille. Ça te va si on les lui fait porter par Silvita ? Le jour
de la psychopédagogue c'est demain. ZULDA
- Heureusement
que tu te souviens toujours de toutes ces dates. Moi je n'y arrive pas. Tiens,
n'oublie pas le petit fascicule avec les litanies du Grand Charles Pantin. MENINA
- Ah,
où ai-je la tête ! Je vous laisse les réviseurs. Dans une semaine vous les
passez à la famille Francini. Ces messieurs sont adorables, bien plus que ceux
de l'année dernière. ELECTRICIEN
(Baisant la main de Menina) - C'est
votre soupe qui est adorable, mélange de riz et d'abnégation frontalière. MENINA
- Vous alors, toujours spirituel et talentueux. Lui, c'est l'électricien. PLOMBIER
(A la famille) - Moi, je suis plombier,
de métier. J'aurais pourtant préféré travailler au service des impôts. Mon
camarade ici présent exerce comme électricien, mais il écrit diablement bien.
Vous aurez l'occasion de le constater. MEYER
- Enchantés.
(à ZULDA) Adorables. Dis bonjour,
Silvita. SILVITA
- Combien
de temps vous allez être fourrés chez moi. ZULDA
- Ne
sois pas mal élevée, petite. (Un temps)
Excusez-moi, combien de temps... allez-vous passer... ici ? ELECTRICIEN
- Nous
resterons une semaine, et après... nous ne resterons pas davantage. Le temps
est une roue dentelée, où chaque dent s'use à mordre le fil des années, et
tout recommence à chaque tour, mais quelque chose se perd et seules se
reproduisent les mutilations et les absences. (ZULDA,
MEYER, SILVITA et MENINA rient aux éclats). MENINA
- Comment
il dit les choses simples ! Il fait en sorte que tout paraisse digne et
important. ELECTRICIEN
- Un
langage pur et respectueux des normes est un témoin rétribué de la
transparence de notre morale. MEYER
(riant encore, à SILVITA.) - Apprends
ça, petite. ZULDA
- Voyons
si un jour tu étonnes la pauvre psychopédagogue et que tu arrives à obtenir la
coquillette d'or. Tous les enfants de l'immeuble ont au moins une coquillette et
demie. MENINA
- Pas
les miens ! Andresito avait une demi-coquillette... tu as changé le PLOMBIER
- Vos
gamins sont joueurs. Ils me font penser à mon enfance et à une vieille psychopédagogue
que j'avais... après elle s'est recyclée dans la revente de lingerie... je ne
l'ai jamais revue. MENINA
- Je
pars. Je vais vous regretter ! Mes petits s'attachent tellement au Grand Charles
Pantin... Je t'enverrai plus tard le paquet de collants en lycra. (Elle
sort.) PLOMBIER
- Je
n'ai jamais revu ma psychopédagogue... Quelquefois, je pense qu'avec un peu de
chance, un jour viendra où je passerai une semaine chez elle. ZULDA
- Et
pourquoi pas ! Un plombier est un homme du monde, avec ses craintes et ses
relations. PLOMBIER
- Vous
dites ça pour faire bien ? ZULDA
- Oui. (Un
temps qui s'éternise. Malaise. Personne ne parle, à part quelques
"Bon", "Enfin". Coupures de lumière inutiles et rien n'est
changé. L'électricien se sent de plus en plus nerveux, il semble être le seul
témoin du passage inexorable du temps. Finalement, le plus normalement du
monde, il parle :) ELECTRICIEN
- Nous
allons nous mettre à travailler tout de suite, comme ça, l'après-midi, si
cela ne vous dérange pas, nous ferons une petite sieste. ZULDA
- Mais
bien sûr que ça ne nous dérange pas. La sieste des réviseurs est sacrée. PLOMBIER
- Merci.
Il y a beaucoup de familles qui ne montrent pas la même gratitude, la même
vocation de solidarité. Mais ce n'est pas de notre faute. Nous serons là
jusqu'à jeudi prochain à trois heures. Et je jure que nous vérifierons tout
ce qui ne fonctionne pas et qu'il n'y aura aucun motif de plainte. ELECTRICIEN
- Parce
que la plainte est le vieillissement prématuré de l'âme. ZULDA
(rit.)
- Vous parlez drôlement bien. Comme si vous imitiez des écrivains connus. ELECTRICIEN
- Tenez.
Nous avons apporté des petits gâteaux secs pour le thé. ZULDA
- Il
ne fallait pas vous déranger. PLOMBIER
- Ça
ne nous dérange pas. C'est plutôt une vieille habitude. Je me souviens du
patio de tante Antonia. Quand j'étais petit. Elle vivait à Banfield, la tante
Antonia. ZULDA
- Ah...
vers l'ouest. MEYER
- Vers
le sud. ZULDA
- Non,
je crois que tu te trompes. MEYER
- Tu
prends la ligne de Roca. Yrigoyen, Avellaneda... ZULDA
- Pourquoi
tu n'écoutes pas le monsieur ? Tu vois que tu n'écoutes jamais quand les
autres parlent ? Si tu prends le 55, tu as Juan B Justo, La Lucila, Puente 12,
Ciudadela... MEYER
- C'est
au sud. Tais-toi. Au sud. (PLOMBIER
et ELECTRICIEN essayent d'expliquer. L'électricien en a assez. SILVITA est
telle un cliché : la fille de parents qui discutent.) PLOMBIER
- Bien
sûr, avant il y avait un changement... Maman m'y amenait très rarement car
elle disait que le tramway revenait très cher. Mais chaque fois qu'on y allait,
on lui apportait des petits gâteaux secs. La tante Antonia sautait de joie
comme une petite chienne. ELECTRICIEN
- Tu
ne m'avais jamais parlé de ta tante Antonia. En terme de rhétorique classique,
je pourrais dire que tu l'as occultée sous de permanentes circonlocutions. PLOMBIER
- La
famille ne parle pas beaucoup d'elle maintenant. Mais moi je me souviens
toujours de ce patio, j'y allais tiré à quatre épingles et les pattes de la
tante Antonia qui laissaient des traces sur ma chemise neuve... Et qui est cette
jolie fillette, toute renfrognette ? SILVITA
- C'était
moi. MEYER
- Silvita,
je ne te le répète plus, dis bonjour à ces types. SILVITA
- Salut. MEYER
- Salut
et... ? SILVITA
- Salut
cent fois salut. On me dit toujours que je ne dois pas parler "dans"
des étrangers. ZULDA
- On
dit "avec des étrangers", ma petite. Qu'est-ce qu'elle t'a appris la
psychopédagogue, hein ? ELECTRICIEN
- Elle
a des problèmes avec les prépositions ? ZULDA
- Et
avec d'autres choses aussi. Mais les prépositions, elle ne veut pas me les
apprendre. SILVITA
- Elle
ne me servent à rien. ELECTRICIEN
- Bien,
bien, bien... Les prépositions sont ma spécialité. Et c'est un sujet bien
plus attrayant que les prises, qui ont toujours produit sur moi fascination et
épouvante ! PLOMBIER
- Eh
bien il semble qu'on a par où commencer à travailler. (Tous les deux prennent Silvita et l'emmènent dans la chambre.) Dans
une semaine, votre fille obtiendra cette coquillette d'or. MEYER
- Sympathiques,
ces messieurs. Ils paraissent efficaces. Et propres. ZULDA
(soupesant les gâteaux secs.) - Ils
auraient pu apporter une tarte aux pommes au lieu des petits gâteaux secs. MEYER
- Ne
commence pas. ZULDA
- Il
va falloir leur dresser le canapé-lit et broder leurs initiales sur deux
grandes serviettes de bain neuves. Je vais chercher des draps propres. II -
LES RESTES DE L'HIVER LA
PRESENTATRICE DE TELEVISION - (Charmante,
elle s'adresse à MIRANDA DEL CEPO, qui est dans un chariot de supermarché.)
- Pourquoi portes-tu ce blouson d'été ? On ne va jamais en finir de vendre ces
vêtements, et il y a tous les restes de l'hiver LE
PRESENTATEUR DE TELEVISION - Ce blouson est pourtant de demi-saison... LA
PRESENTATRICE - Non, ne dis rien. Je vais t'apporter un manteau. Je suis très angoissée
: ceci est une entreprise, une entreprise. LE
PRESENTATEUR - Mais... quand tu te lèves le matin... tu ne sens pas que... qu'il
fait... un peu chaud ? Il fait chaud, Virginia. Une chaleur d'été. LA
PRESENTATRICE (Hors d'elle, elle l'attaque en
le frappant avec le manteau et elle pousse le chariot hors de scène. Elle se
remet tant bien que mal, aperçoit Zulda. Au public :) - La petite ménagère
laborieuse, comme elle est exquise. III -
CHALEUR DU FOYER ZULDA
- L'émission
de MIRANDA DEL CEPO va commencer ! Il va donner des nouvelles des appareils électroménagers
perdus. MEYER
- Ça
fait déjà longtemps qu'il est parti le réfrigérateur. Ne te fais pas
d'illusions. Après, tu es encore plus mal. ZULDA
- Tu
vois comme tu es ? Le seul moment de la journée où je suis un peu
enthousiaste, tu me le gâches. MEYER
- Ne
reparlons pas de ça. Silvita va nous entendre nous disputer. SILVITA
- Non.
Je joue "entre" la poupée Barbie. J'imagine qu'elle s'enfuit
"parmi" un chauffeur de taxi, et qu'ils voyagent à Cacheuta, où
jamais ne reviendra l'hiver après l'hiver. Faites comme si je ne vous entendais
pas. ZULDA
- Regarde
un peu à quoi elle pense ! C'est de ta faute, tu l'amènes pas assez au zoo
pour voir le nouveau Nandou ! Silvita, joue plutôt à mettre des petits vêtements
d'hiver à ta poupée Barbie. SILVITA
- Non.
Barbie a chaud. Elle sait tout. Et elle a chaud. MEYER
- Ecoute
ta mère. Et ne te balade pas aussi découverte. PLOMBIER
- Que
se passe-t-il ? MEYER
- Je
ne sais pas ce qu'on va faire de cette enfant. ELECTRICIEN
- Viens,
petite. Nous allons réviser les prépositions. SILVITA
- Je
ne veux pas ! Cette manière de parler que vous avez ne m'intéresse pas ! Allez
réparer les canalisations ! MEYER
- Silvita,
ne sois pas bête à manger du foin. PLOMBIER
- Laissez-la,
monsieur. Plus on essaye de nous offenser de cette façon et plus grande est
notre abnégation dans le travail. On finit par nous en remercier. (Ils
l'emmènent dans l'autre pièce.) SILVITA
- Moi
je ne remercie pas ! Je ne remercie pas ! ZULDA
- Pourquoi
tu ne l'emmènes pas le dimanche voir le nouveau Nandou ? Tous les gamins de
l'immeuble l'ont déjà vu... C'est peut-être ça... LE
PRESENTATEUR (Radieux, couvert de la tête aux
pieds.) - Nous nous sentons unis à vous. Unis par la nécessité et l'amitié.
Unis par le cordon ombilical de la technologie la plus sympathique. Nous nous
aimons. Nous sommes là parce que vous êtes là. ZULDA
- Quelle
belle vérité. Quelle pensée. LE
PRESENTATEUR - Aujourd'hui nous avons la chance extraordinaire et unique d'avoir une
invitée spéciale. ZULDA
- Parce
que si nous n'étions pas là, ils ne pourraient pas faire leurs émissions. LE
PRESENTATEUR - Vous l'avez vue, vous la connaissez et vous l'aimez tendrement. Vous
souffrez quand elle souffre, vous gémissez quand elle gémit, vous respectez
quand elle décide de respecter. Avec une grande reconnaissance et un énorme
enthousiasme, nous vous présentons Virginia, l'adipeuse animatrice du précédent
programme... Maintenant, c'est à toi. (ZULDA
et MEYER applaudissent. Le PRESENTATEUR et la PRESENTATRICE traversent l'écran
et entrent dans le salon de la famille.) MEYER
- Regarde... ils ont invité Virginia. LA
PRESENTATRICE - Bon, je te remercie pour "l'adipeuse". (Elle dit au PRESENTATEUR avec le plus grand aplomb tout ce qu'il doit
lui dire.) "Ce n'est pas moi qu'il faut remercier... cela fait déjà
partie du patrimoine..." LE
PRESENTATEUR - Ce n'est pas moi qu'il faut remercier... cela fait déjà partie du
patrimoine de tous tes auditeurs. LA
PRESENTATRICE - Enfin ! je crois qu'on a un peu exagéré autour de ma fragile personne.
(Elle lui souffle.) "Tu n'aimes
pas te sentir expo... ?" LE
PRESENTATEUR - Tu n'aimes pas te sentir exposée, Virginia ? ZULDA
- C'est
aussi valable dans l'autre sens ? MEYER
- Quoi
donc ? ZULDA
- La
relation. Eux - nous. LA
PRESENTATRICE - Tu sais, entre nous,
maintenant que personne ne nous écoute, je suis terriblement timide. Mes
parents racontaient que quand j'étais petite j'aimais aller dans les supermarchés
pour m'enterrer sous les boîtes de conserve. LE
PRESENTATEUR - Pas possible. Des révélations exclusives pour l'émission de Miranda
del Cepo, révélations qui reprendront un peu plus tard, après lecture de la
liste des électroménagers qui se sont présentés à notre production. ZULDA
- Mon
Dieu, mon Dieu, Sainte Vierge exauce mes prières ! OFF :
LE PRESENTATEUR (Tandis qu'on lit la liste, LA
PRESENTATRICE et lui font des commentaires tout bas. ZULDA, les yeux au ciel,
attend.) - Un petit mixeur. Il répond
au nom de Lidia Bermejo, et dit avoir fugué lundi dernier. Numéro deux : un
micro-ondes sensible et marron, a fugué pendant une discussion violente. Il répond
au nom de Tito. Et numéro trois : (Pause
tendue) un sèche-cheveux, type salon de coiffure, abandonné sur la voie
publique après une tentative de viol. Il semble s'appeler Marcos Antonio Luna,
et il ne peut rien dire de plus. C'est terminé. ZULDA
- Putain ! Putain ! Et mon réfrigérateur avec congélateur, bon sang ? Où
peut-il être, le pauvre ? OFF :
LE PRESENTATEUR - Virginia, nous serions ravis de revenir à tes sensibles et juteuses
déclarations sur tes expériences de vie, mais malheureusement... tu sais que
le temps à la télé est... OFF :
LE PRESENTATEUR et LA PRESENTATRICE - ... "tyrannique". OFF :
LE PRESENTATEUR - ... Et peu souple ! Bien sûr que tu le sais ! Bien, maintenant,
nous... LA
PRESENTATRICE (Sèchement, le regardant avec un
secret reproche, la voix superposée au OFF.) - Tu ne me demandes rien sur
les vêtements ? (La voix OFF s'arrête.) LE
PRESENTATEUR (Tout bas.) - J'ai oublié. (Normalement.)
Comme tu t'es bien habillée, grâce à ton libre arbitre, comme tu es
hivernale. LA
PRESENTATRICE (Charmeuse.) - Oui c'est la
ligne qui va bien pour cet hiver inattendu que nous vivons. Voyez ces peaux, ces
tissus épais et tissés serrés, ces couleurs éteintes et fortes... Et pour
ceux qui n'ont pas encore acheté une télé couleur, vous pourrez retrouver
dans la bande dessinée de mon histoire non autorisée des dessins avec un
certain nombre de modèles que le temps imparti par la télé ne permet pas de
montrer tranquillement. En tout cas, ne manquez pas d'admirer dans l'aventure
intitulée "Virginia et le nouveau Nandou" ce petit ensemble macramé
que je porte dans la scène où on essaye de m'arracher à la gueule lubrique de
cet animal. MEYER
- Nous devrions acheter cette bande dessinée, non ? ZULDA
- Oui. Je te dis que je ne m'en sors pas. LE
PRESENTATEUR - Bien, Virginia. Je ne veux pas te fatiguer davantage... nous comptons
donc sur toi pour participer de nouveau à l'émission et continuer à dévoiler
la réalité de ton monde, si plein de charme. LA
PRESENTATRICE - Oh la la, je ne sais pas si la productrice me laissera revenir. LE
PRESENTATEUR - Eh bien, ça c'est un point sur lequel je ne peux pas me prononcer. LA
PRESENTATRICE - C'est que... comme c'est toi qui animes l'émission. LE
PRESENTATEUR - Oui, ça oui, mais. ZULDA
-
J'espère qu'elle reviendra. LA
PRESENTATRICE (A la prétendue productrice.)
- Je peux ? Non, comme on avait dit que demain je... Je peux ? MEYER
- Ils acceptent toujours qu'elle revienne. LA
PRESENTATRICE (On lui fait signe que oui.)
- Là on me dit que oui, mais je ne sais pas... ZULDA
-
Il forment un si beau couple. Pourquoi ils ne se marient pas ? Enfin c'est ce
que je me dis. Dorothée Suarez Pour
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