Satanique
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  • Traduit par : Françoise Thanas

(Le récít devraít être dít sur un ton doux et neutre, créant dans l'oreílle du spectateur une mélodie délícate qui endort. Le récítant - ou la récítante - devraít avoír un trés vieux croquis de l'oreille interne et de tous ses replis. Il - ou elle s'appuiera parfois sur ce croquis pour se faíre comprendre.)

L'appareil auditif est l'organe de l'audition et de l'équilibre.  Deux petits muscles, le muscle du marteau et le muscle de l'étrier tendent et détendent respectivement la membrane du tympan.

Mais bon Dieu, comment l'oreille parvient- elle à capter quelque chose de plus que des différences d'intensité dans les petits coups que reçoit le tympan?  Je peux comprendre que votre tête distingue un volume fort d'un volume bas, je peux comprendre que vous perceviez la différence de rythme entre un train qui passe et les notes tristes d'un piano... Mais les tonalités?  Et les niveaux?  Et les silions sur un disque?

Très bien, il est temps de tout confesser.  Tout cela est si vieux.

On avait un piano, ce n'est pas que cela m'importe particuliérement... en fait je ne joue pas de piano, je ne joue d'aucun instrument.  Mais on était assez pauvres, on avait un piano, et grand-pére l’a offert.  Je suppose que le piano avait appartenu à sa famille et était arrivé par bateau.  Si l'on m'interroge aujourd'hui je dois dire qu'il avait le droit de faire ce qu'il voulait de ce piano.  Mais on l'avait à la maison et un beau jour il l'a offert à une famille de nos amis. Il est vrai aussi que personne ne jouait plus de piano à la maison... cependant je crois me souvenir que la dernière nuit grand-père a joué d'un doigt quelques notes très douces... d'une très vieille mélodie de son pays.  Je dormais tout près du piano et je l'ai entendu pleurer.  Le lendemain, il a appelé cette famille et leur a donné le piano.

Le sens de l'équilibre est situé ici... (Il montre le croquis.)...

J'étais très jeune et un soir mon grand-père m'a emmené leur rendre visite. Je suppose que c'est à ce moment-là que j'ai senti qu'il était absurde que mon piano soit chez des étrangers. lis pariaient tous une autre langue, et de temps en temps quelqu'un s'approchait de moi avec une petite assiette pour que je goûte quelque chose. Mais il y avait du poisson dans tout. Plus tard, j'ai appris que cette langue en réalité ne se parlait plus nuile part, mais adulte on comprend des choses qui, enfant, nous paraissent absolument fantastiques.  Enfin j'ai découvert le piano.  Evidemment, personne ne s'en servait.  A ce moment-là dans une autre partie de la maison íís jouaient tous au "Tarama", un jeu absurde oú tous les juifs présents s'impliquent d'une façon ou d'une autre dans la crucifixion du Christ et donnent leur propre version des faits. C'est un jeu de table très bruyant, qui se joue avec des dés.  Les immigrants y jouaient à cette époque-là.  Dans la pénombre de la pièce, j'ai passé un doigt sur les touches de gauche du piano (celles que je préfère, et je précise que je n'ai aucune formation musicale), j'en ai compté six et j'ai arraché la sixiéme une blanche qui céda avec une facilité qu'aujourd'hui je considere comme suspecte.  Sofia, une femme très âgée, avait laissé tomber le jeu.  Elle était à la porte et me regardait avec un sourire stupide.  "Ce piano est à moi", lui ai-je dit, car je savais qu'elle n'avait jamais appris ma langue.  Elle sourit à nouveau, regarda la touche arrachée et me laissa seul.  Le "Tarama" se joue en poussant de grands cris.


Pour conaitre le rest de cette pièce, s’il vous plaît contacter l’autour.


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